jeudi 17 mai 2007

2 rue Eugène-Manuel et 9 rue Claude-Chahu (16e arrondissement)


La mention de la demande du permis de construire de cet étonnant immeuble n’est pas facile à retrouver, à la date du 10 mars 1902. D’abord parce qu’on en situe généralement l’adresse sur la rue Claude-Chahu, où ne se trouve pourtant aucune de ses deux portes d’entrée ; ensuite parce que la rue Eugène-Manuel s’appelait rue Francisque-Sarcey, à l’époque du début du projet ; enfin parce que l’architecte n’y est pas mentionné. Mais Charles Klein, demeurant 4, rue Piccini, en était également le propriétaire.
Comme Simonet, et comme Wagon, Klein n’est connu que pour une seule maison. Mais, dans son cas, la chose pourrait être normale, puisque son nom ne revient jamais ailleurs dans les demandes de permis : si on y trouve quelques mentions de son père, William Klein, au cours des années antérieures, le sien reste étrangement absent. Etait-il vraiment architecte ? La signature de la façade l’affirme, mais sa demande de construction ne le signale - est-ce un hasard ? - que comme propriétaire. Il nous faut donc en conclure qu’il fut probablement l’auteur, occasionnel, de ce seul immeuble... Mais quel immeuble !














Aux abords directs de la rue de Passy, ces façades d’une couleur uniformément bleu-vert ou ocre pâle ne peuvent que surprendre. Aucun rapport avec les immeubles cossus et très impersonnels des environs ! Cet édifice apparaît ainsi totalement anachronique, et n’en paraît que plus étrange.
Avec encore plus d’audace - mais avec une imagination beaucoup plus mesurée - que Lavirotte, qui avait conservé quelques assises en pierre de taille sur sa façade de l’avenue Rapp, Klein a opté pour un immeuble intégralement recouvert de grès flammé, une singularité qui lui assura une immédiate renommée, au titre de la performance technique. Pour cela, il fit appel à Emile Müller, dont ce devait être la dernière création importante avant sa mort, en 1903. En dehors de quelques têtes échevelées, le décor est entièrement consacré au chardon, à partir duquel les deux artistes ont créé de multiples variations, en utilisant sa tige, ses feuilles, et ses fleurs épanouies, touches de rose poétiquement distribuées au milieu d’un océan de sombre verdure. La porte elle-même - dont la sublime ferronnerie est l’œuvre de Dondelinger, déjà collaborateur de Lavirotte dès la rue Sédillot - propose un imposant poème de grès en l’honneur de cette plante.
Ainsi, les angles, les arêtes, les linteaux, les soubassements, en somme tout ce qui appartient aux lignes de construction de l’édifice, sont recouverts de buissons de chardons, faussement menaçants, aux formes compliquées magnifiquement exploitées.

Le vestibule, par contraste, propose aux locataires des panneaux d’un vert beaucoup plus bleuté ou d’un brun rougeâtre, à motifs de rosiers fleuris, sous un étonnant plafond arabisant à décor géométrique à fort relief. Müller y a une seconde fois signé son travail, à la droite de la porte ouvrant sur la cage d’escalier : “Emile Müller / Céramiste / Ivry-Port / Paris”.

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